Petit test : qu'ont en commun GEO, AEO, AISEO, LLMO, AISO, « SEO LLM » et « SEO IA » ? Non, ce n'est pas la classification savante d'un animal aquatique et nocturne. C'est que, sous les sept étiquettes, tout est du SEO. Et ces sept sigles vont déferler chez nous : Google a prévenu les éditeurs français que ses AI Overviews et son Mode IA arrivent en France d'ici le 23 septembre 2026. Avant que la panique se rejoue en français, posons la carte à plat. On va démonter ces sept mots, faire le tour de la plomberie que ça demande (la mienne, pour de vrai), et lire ce que Google dit lui-même qu'il faut faire. Le verdict est plus calme que le bruit.
Une précision, pour qu'on soit d'accord : ce billet ne dit pas si ces moteurs qui répondent, ni les crawls d'agents qui ratissent le web, sont un progrès ou une plaie. Ce jugement-là, je le laisse à d'autres, et mieux placés que moi.
Sept mots, un seul champ
Commençons par vider la soupe. GEO, pour generative engine optimization. AEO, pour answer engine optimization. LLMO, pour LLM optimization. AISO, pour AI search optimization. AISEO, pour AI SEO. Et les deux calques français qui ne cachent rien : « SEO LLM », « SEO IA ». Cinq de ces sept mots recombinent les trois mêmes : IA, search, optimization. Sept étiquettes, une seule idée derrière : se faire récupérer et citer par un moteur qui répond avec de l'IA, au lieu d'afficher dix liens bleus.
La seule nuance qui tienne sépare deux de ces mots. L'AEO a dix ans : optimiser pour être la réponse, l'encart en haut de Google, ce qu'on appelait la position zéro. C'est du SEO sémantique classique. Le GEO est le petit nouveau : optimiser pour être cité dans un texte rédigé par un modèle, quand ChatGPT ou Gemini te mentionne au fil de sa réponse.
Le reste est du vocabulaire d'agence. Chaque cabinet plante son sigle pour vendre sa méthode. Quand sept mots désignent la même chose, ce n'est pas l'idée qui est riche, c'est le marché qui est encombré.
Les moteurs qui répondent
Qui sont ces moteurs, concrètement ? En France, le gros du sujet s'appelle Google AI Overviews, qu'on abrège AIO : le résumé que Google pose au-dessus de ses résultats, et sa version conversationnelle, le Mode IA. À côté, il y a ChatGPT Search, Perplexity, Copilot, Gemini. Tous font le même geste : ils lisent le web, en gardent une représentation, et rédigent une réponse en citant quelques sources.
Le point technique qui compte : la plupart passent d'abord par un crawl, comme Google, puis récupèrent des pages au moment de répondre. Se faire lire par le bon robot devient donc la condition d'entrée. Détail souvent oublié : ChatGPT et Copilot s'appuient largement sur l'index de Bing. Être bien indexé par Bing, longtemps snobé par les référenceurs, redevient une porte vers les réponses de ChatGPT.
Quatre réglages, pas un de plus
Optimiser pour ces moteurs se joue sur quatre réglages. Je les ai tous faits sur mon blog, un soir de février 2026 pour le robots.txt, en décembre pour le JSON-LD, ce qui me donne le droit d'en parler sans brochure commerciale.
La crawlabilité. Un modèle ne peut te citer que s'il a le droit de te lire. Ça se règle dans le robots.txt, robot par robot. Et là, une distinction que presque personne ne fait : GPTBot sert à entraîner les modèles d'OpenAI, OAI-SearchBot sert à te citer dans ChatGPT Search. Deux robots, deux usages. On peut refuser l'entraînement et garder la citation. Même logique chez Google avec Google-Extended. Mon fichier autorise les robots de citation, bloque les aspirateurs d'entraînement pur comme CCBot ou Bytespider, et ferme l'admin à tout le monde. Une heure de tri qui, elle, avait du sens.
Pour aller plus loin
Générer son SEO avec Symfony AI et Gemini
Les données structurées. Le JSON-LD, ce bloc schema.org invisible qui dit à la machine « ceci est un article, écrit par cette personne, mis à jour ce jour-là ». J'ai un graphe complet : l'article, son auteur avec les liens vers mon GitHub et mon LinkedIn, l'organisation, le fil d'ariane, jusqu'aux extraits de code balisés. La date de modification suit la vraie date de mise à jour du billet, pas sa date de création. C'est ce qui aide une machine à attribuer, donc à citer.
Le contenu extractible. Un modèle aime un texte qu'il découpe proprement : une réponse directe en haut, des titres formulés comme des questions, du HTML rendu côté serveur qu'il n'a pas besoin d'exécuter pour lire. Mon blog est en rendu serveur intégral, donc pas de mur JavaScript devant le texte. Ce réglage-là, à la différence des trois autres, ne se code pas : il s'écrit.
Le fichier llms.txt. On te le vend comme le nouveau robots.txt des IA, censé lister ton contenu à l'intention des modèles. Je ne l'ai pas. Pour une raison qu'on verra dans une seconde : personne ne le lit.
Le twist : Google dit qu'il n'y a pas de recette spéciale
Voilà le moment gênant. En mai 2026, Google a publié un guide officiel sur l'optimisation pour l'IA générative. Son message tient en une phrase : les bonnes pratiques SEO existantes s'appliquent sans modification. Pas de balisage spécial pour les AI Overviews. Pas de recette dédiée. Et llms.txt ? Cité noir sur blanc comme inutile.
Ce qui compte, dit Google, c'est un contenu non-commodité, une perspective, une expertise réelle, une organisation claire. En clair : écris bien, sois toi, structure ton propos. Le reste, la machine le trouve seule.
Je me suis donc donné du mal, un soir de février, pour un tri de robots qui reste utile, et j'ai fignolé un JSON-LD qui sert surtout au SEO classique. Mais m'imaginer que j'« optimisais pour l'IA » était en partie une illusion. Le fournisseur du terrain me dit que le grain pousse dans le champ, pas dans le hangar à outils.
Le marché de la peur
Si tout ça sert si peu, d'où vient le vacarme ? D'une industrie qui a poussé autour de la panique. Des outils à 12, 200, 500 euros par mois, des formations, des agences qui promettent de te faire citer dans les réponses IA. Le marché existe, il grossit, il est documenté.
Sa promesse : décroche la citation. Son angle mort : le prix réel de cette citation. Le seul chiffre vraiment mesuré vient du Pew Research Center. Quand un résumé IA s'affiche, 1 % des visites finissent par un clic sur un lien à l'intérieur du résumé. Un pour cent. On te vend une meilleure moissonneuse pour un champ dont la récolte, là où on a su la mesurer, tient dans une cuillère.
Je m'inclus dans le tableau, sinon ce billet serait malhonnête. J'ai relayé ces sigles, j'ai soigné ma configuration, j'ai eu le petit frisson du bon élève qui a fini avant les autres. Personne n'échappe au réflexe : un mot neuf qui promet un canal neuf, ça se teste, ça se configure, ça rassure.
Savoir si ça marche
Reste une question honnête : comment je saurais si tout ce soin produit le moindre effet ? Aujourd'hui, à l'aveugle. La Search Console de Google, l'outil de référence, n'a pas encore de rapport « IA générative » sur un domaine français. Il s'est déployé d'abord sur des sites britanniques. Chez nous, la colonne qui dirait « quelqu'un t'a cité, quelqu'un a cliqué » n'existe pas.
Le seul signal que je peux capter moi-même, c'est le referrer. Quand un visiteur arrive depuis chatgpt.com, perplexity.ai ou gemini.google.com, mon analytics le voit passer. C'est grossier, c'est partiel, et c'est pourtant la seule preuve directe qu'un contenu est ressorti dans une réponse. Je ne l'avais même pas branché. C'est la première chose concrète que je vais faire, avant d'ajouter le moindre gadget.
Ce que ça change, au fond
Alors où est-ce que ça nous laisse ? Avec un doute plus intéressant que la panique. Toute cette configuration, robot par robot, schéma par schéma, je ne la regrette pas : elle sert le SEO classique, celui qui marche encore. Mais l'appeler « optimisation pour l'IA » lui prête une vertu qu'elle n'a pas. Google me le dit lui-même : le grain pousse dans le champ, pas dans le hangar.
Et derrière le sigle, il y a plus gros qu'une case à cocher. Le web tenait sur un contrat tacite : tu publies, un moteur t'indexe, il t'envoie du trafic, tu vis. Les moteurs qui répondent réécrivent ce contrat. La synthèse passe au-dessus du lien. J'entretiens le hangar et je fauche le champ, pendant qu'une moissonneuse que je n'ai pas choisie emporte le grain et le résume ailleurs.
Est-ce que se faire citer est seulement une bonne nouvelle ? Et ces chiffres de catastrophe qu'on va bientôt recevoir en France, mesurent-ils vraiment ce qu'on leur fait dire ? Ce billet ne tranche ni l'un ni l'autre. Il pose la carte à plat, avant que l'interrupteur français s'allume en septembre. Le reste, on le regardera de près quand la moisson sera passée.
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